Le Ritz Paris, tout restaurer sans rien changer

Un hôtel doit pouvoir certes garder son identité mais en pouvant se permettre de réinterpréter son offre de produits et de services. Il doit pouvoir évoluer avec son temps et surtout avec les années futures car l’investissement est tel que le propriétaire n’apportera probablement pas d’autres investissements de même ampleur avant une vingtaine d’année. Au moment où vous ouvrez l’hôtel, vous devez déjà penser qu’il devra toujours être adapté à sa clientèle dans 20 ans et plus. Conserver un style à l’identique crée le risque d’être fort déprécié assez rapidement.

Autre changement, le Ritz possède aujourd’hui un jardin élargi de 1600 m2. Dans un article de Vanity Fair, Thierry Despont, l’architecte qui a rénové l’hôtel, nous dit à son sujet : « La plus grande surprise pour le client sera de découvrir un énorme jardin. Il se sentira comme au jardin du Palais Royal ». Nous assistons ici à un fort conservatisme qui s’oppose selon moi au luxe. Le luxe pour le client, c’est de se retrouver dans un lieu exclusif, qu’il ne retrouvera pas ailleurs, un lieu où il pourrait découvrir ce qui se fait de mieux. C’est dommage que le Ritz n’ait pas souhaité réinterpréter l’art des jardins à la française en 2016. Refaire la même chose qu’ailleurs n’apporte pas de nouvelles émotions aux clients je pense. La France a la chance d’avoir de nombreux talents empreints d’impertinence, de créativité, de fantaisie cadrée qui auraient pu contribuer au rayonnement de l’hôtel. Le monde de la création attendait une touche de modernité pour s’en inspirer.

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Alors pourquoi limiter le changement lors de cette rénovation ?

Nous pourrions penser qu’il s’agit d’un problème lié aux investissements nécessaires dans le cadre d’une rénovation. Nous parlons ici de plus de 400 millions d’euros. Quand vous devez rénover l’hôtel le fait de garder le style où d’en changer génèrent de toute façon de nouvelles dépenses. Ce n’est pas un frein à l’innovation.

Les hôteliers vous diront souvent que c’est le client qui freine le changement. C’est vrai et c’est aussi une bonne excuse pour ne pas prendre de risque. Un directeur d’hôtel ou un investisseur va s’inquiéter sur les conséquences d’une fermeture de son établissement et aussi de sa réouverture vis-à-vis de ses clients. C’est inquiétant en effet car pendant la fermeture la clientèle régulière aura pris de nouvelles habitudes, elle aura découvert d’autres hôtels. Mais il ne faut pas avoir peur, car la rénovation d’un hôtel entraine toujours un repositionnement de son offre en vue d’élargir sa clientèle. La dernière rénovation du Ritz date des années 80. Pour moi, l’important dans l’hôtellerie de luxe est de pouvoir se réinventer dans la conception d’un hôtel, et réinterpréter le service délivré par les équipes de l’hôtel ; elles savent comment satisfaire une clientèle toujours à la recherche de nouvelles expériences et d’excellence.

Pour César Ritz, il est important « d’offrir à son client ce qu’il ne trouvera nulle part ailleurs ». Il payera pour cela.

La nécessité de se différencier à Paris afin d’attirer une nouvelle clientèle

Londres est une destination où l’hôtellerie de luxe est bien plus variée que Paris. Les nombreux Palaces de Londres offrent un art de recevoir pluriel, du plus classique et traditionnel au plus « hype ». Vous avez d’un côté le Ritz London très classique représentant l’opulence propre à la grande tradition hôtelière britannique, et de l’autre l’hôtel Rosewood proposant un luxe urbain et contemporain dans un bâtiment classique ou encore l’hôtel Bulgari, un luxe élégant et glamour.

La richesse de notre patrimoine, c’est aussi de savoir innover, de réinterpréter la quintessence de l’art de recevoir à la française. Un hôtel de luxe, peut-être une parfaite illustration de cet univers créatif. Il faut oser dans l’hôtellerie de luxe pour réinterpréter le passé et apporter de nouveaux univers esthétiques. Certains osent le faire comme l’hôtel Le Crillon ou le Plaza Athénée.

Au Ritz, sur le plan de la décoration, il n’y a pas de réelles innovations qui correspondent à la nouvelle façon de vivre aujourd’hui des clients. Tout est beau et bien réalisé évidemment mais nous aurions pu nous attendre une nouvelle vision du Ritz en conservant certes de la tradition mais en ajoutant une bonne dose d’innovation pour inspirer le monde entier et devenir un fleuron mondial de l’hôtellerie de luxe. C’était cela l’esprit de Monsieur Ritz.

Face à la conjoncture actuelle, il reste essentiel que les Palaces se différencient des uns et des autres afin de pouvoir attirer de nouveaux clients à Paris. L’hôtel Le Crillon, quant à lui, a pris ce parti de la modernité afin d’apporter l’exclusivité à ses clients.

 

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