Hôtellerie de luxe & quête de sens 

Cette période inédite liée au Covid 19 et au confinement quasi mondial nous amène à réfléchir. Il est intéressant de nous demander si la vie d’hier va reprendre son cours dit normal ou si au contraire elle va changer. Là où des régions extrêmement polluées retrouvent des ciels bleus, des vues sur des paysages incroyables oubliés par tant de pollution, là où ce qui n’était pas possible le devient, là où tout a été chamboulé il y a vingt ou trente ans, il est possible de croire à un changement, il revient à nous tous d’en définir les contours et les buts.

L’hôtellerie de luxe s’est développée d’abord dans les grandes villes de la planète afin d’offrir aux voyageurs des pays occidentaux des lieux pour dormir en conformité avec leurs habitudes et culture. Plusieurs groupes hôteliers ont été d’ailleurs créés par des compagnies aériennes (Méridien par Air France, Intercontinental par Pan American Airlines, Radisson par Scandinavian Airlines…). C’est ainsi qu’en conquérantes les marques d’hôtels 5 étoiles se sont développées dans le monde.

Après les villes, les hôtels de luxe et internationaux se sont implantés dans des lieux de villégiature extraordinaires. Les débuts de la mondialisation ont permis aux gens les plus fortunés de voyager et de prendre des vacances dans les plus beaux endroits de la planète. Rockefeller s’installe à Saint-Barthélemy et au bout de quelques années cette île située dans les Caraïbes au milieu de nulle part devient une station balnéaire pour les plus aisées où des hôtels indépendants se construisent. Un hôtel de luxe s’installe à l’île Maurice, quelques stars s’y montrent, et voilà que d’autres hôtels s’implantent sur l’île jusqu’à arriver à une saturation aujourd’hui. En parallèle de cela, les groupes internationaux mettent en place des systèmes de fidélisation pour récompenser leurs meilleurs clients. Rien de mieux que de les envoyer grâce à leurs points obtenus dans des lieux de villégiature propices à cela.

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Le paradis à tout prix ?

Les marques s’installent ainsi un peu partout dans le monde sur des îles paradisiaques, dans un environnement préservé à l’origine. Cela va profondément changer la vie de leurs habitants et plus largement l’environnement et les richesses naturelles de ces lieux initialement préservés. Ainsi, des millions de personnes se déplacent dans des destinations préservées de tout. Les autochtones n’ont pas leur mot à dire et seront mis à contribution pour construire l’hôtel et y travailler ensuite. Ils côtoient de nouvelles habitudes, de nouvelles cultures et cela crée de nouveaux besoins. Certains diront que c’est bien, d’autres penseront le contraire. À chacun son avis.

Ainsi, nous voyons des voyageurs arrivés en conquérants, voulant jouer avec la nature là où certains y trouvent leurs divinités. J’imagine le choc des populations de Bali à la vue des premiers hôtels et de ce tourisme de masse qui n’est pas le meilleur de ce que notre société de consommation a apporté à cette île, tant s’en faut.

L’hôtellerie de luxe continue de se développer énormément en Asie et au Moyen-Orient en dépit du bon sens. Là où une marque internationale s’installe, ses concurrentes en font de même en quelques années. La Chine a créé de vastes stations balnéaires en moins de vingt ans, comme dans la ville de Sanya sur l’île de Hainan (la « Hawaï de l’Orient »). Cette ville est devenue une station prisée par les Chinois, les Russes et les Hongkongais. Ce sont des millions de touristes qui viennent chaque année. La ville a également construit la quatrième plus grande statue du monde, à savoir celle de la déesse Guanyin. Il y a aussi de nombreuses attractions : mer, plage, forêt, sources thermales, musée de papillons, aquarium, etc., et l’île se trouve à une heure de Macao, le centre névralgique des casinos et la seule ville autorisée en Chine à exploiter cette activité. Comme si cela ne suffisait pas, la Chine a développé aussi l’île artificielle de Phoenix Island avec des complexes luxueux.

Pas besoin de blâmer la Chine pour cela, car cela s’est fait partout dans le monde : Cancún, Hawaï, la Floride, les Bahamas, Dubaï, les Maldives, l’île Maurice, et à une autre époque la France a connu elle aussi, à une moindre échelle, la construction de nombreux hôtels ou immeubles d’habitation de grande hauteur sur nos jolies côtes (Cannes, La Baule, Deauville, Biarritz…) !

Il en est de même à Dubaï et à Abu Dhabi où se sont construites des villes gigantesques là où il n’y avait rien. Les restaurants font leur achat à l’étranger, et même à Rungis ! Là encore, ce sont des millions de personnes qui se déplacent, pour retrouver quoi finalement de différent par rapport à chez elles ? À quel prix environnemental ces villes se sont-elles créées ?

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Luxe et le sens

La conscience collective évoluera-t-elle dans un sens où un touriste se demandera s’il a vraiment envie d’aller dans ces villes ? Au nom de quel superlatif cela m’importe-t-il d’y aller ? Dois-je faire plaisir à mon ego ou commencer à rechercher dans mon âme l’authenticité ? Et quand bien même je suis un millionnaire et que tout m’est possible, aurai-je encore l’envie de participer à la dégradation du monde ?

J’ai assisté à des réunions de travail pour l’implantation d’un resort de luxe où je prônais l’idée de ne pas abattre un seul arbre, de ne pas déplacer une rivière et de construire en fonction de l’environnement. Combien de resorts ont été construits en rasant toute la diversité locale et les plantes pour implanter un complexe puis un nouveau jardin bien organisé dénué de toute authenticité ?

Cela a-t-il encore du sens pour une ville comme Cannes d’investir dans des travaux massifs pour maintenir et agrandir la plage ? Cette idée est-elle encore décente à l’heure où j’écris cet article ? En grandes conquérantes, les villes souhaitent maîtriser l’environnement et se prennent peut-être pour Dieu. Évidemment, les belles plages attirent les touristes, remplissent les hôtels, développent les magasins de la ville, attirent de beaux événements, créent de jolies habitudes et un certain confort, mais finalement à quel prix et pour qui ? N’est-il pas possible de faire autrement en respectant les lieux et en proposant de nouvelles attractivités respectueuses ?

 

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Exclusivité, rareté et respect ne sont-ils pas les 3 clefs de l’hôtellerie de luxe ?

Si le luxe, c’est l’exclusivité et la rareté, il est urgent d’investir localement dans les richesses de ces lieux paradisiaques afin de les préserver. Le client de demain des hôtels de luxe peut-il prendre du plaisir dans son voyage et dans son hôtel s’il sait qu’à quelques centaines de mètres seulement, il y a la pauvreté, la maladie, la famine ?

Il est fort probable que ces millions d’investissements connaîtront de grands déboires à l’avenir. Et pourtant, il serait si simple de penser différemment, d’investir autrement dans l’hôtellerie de luxe pour apporter du sens, de la valeur ajoutée dans le respect du lieu et de ses habitants. Il est simple d’imaginer que la richesse puisse se partager pour apprendre à mieux vivre ensemble sur cette planète qui ne nous appartient pas, mais que nous devons au contraire transmettre sans perdre aucune de ses richesses aux nouvelles générations !

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