mercredi, 20 avril 2011
ENTRETIEN AVEC ALEXIS KRYCEVE
Alexis Kryceve est directeur associé d'ALTER ECO (http://www.altereco.com/Bienvenue.php). Voici son témoignage sur le commerce équitable :Qu'est-ce Alter Eco ? Une ONG, une société ?
Une société anonyme. Des petits investisseurs privés de tous horizons, un fonds éthique de valeurs non cotées (ESFIN participations), et quelques institutionnels (Creagro, Unigrains, Siparex…)
Quelle est ta définition du commerce équitable?
Le commerce équitable est une autre façon de faire du commerce (celle qui aurait toujours du être ?), en réintroduisant l’homme au cœur des échanges. Le but est, grâce à des conditions commerciales avantageuses, de permettre à des communautés de petits producteurs dans les pays du Sud (Tiers Monde) de se développer. Le commerce au service du développement ! Contrairement au commerce conventionnel qui entraîne un appauvrissement des populations du Sud puisque les producteurs vendent à perte. Par exemple, le cours mondial actuel du café est le même que celui de 1973… alors que le coût de la vie et des intrants n’ont cessé de croître pendant ce temps. C’est ce qu’on appelle la détérioration des termes de l’échange…
Nous travaillons en priorité avec les plus défavorisés, dans une approche solidaire et durable. Nous payons un prix juste, au-dessus du prix de revient ! Nous travaillons de la façon la plus directe possible, nous préfinançons les commandes à hauteur d’au moins 50%, nous nous attachons à privilégier des ingrédients et des savoir-faire locaux, des traditions. Nous nous engageons dans la durée, nous travaillons avec des coopératives ou des associations de producteurs organisées de façon transparentes et démocratiques…
Peut-on faire du commerce équitable dans son propre pays? Après tout, en France, il y a aussi des petits producteurs fermiers.
Commerce d’un principe identique avec les pays du Nord, pourquoi pas, la situation des producteurs de lait ou de vin en France est préoccupante bien sûr. Cependant, attention à la confusion. Les raisons des situations respectives des paysans du Nord et du Sud ne sont pas les mêmes, et le critère n°1 du commerce équitable est de travailler en priorité avec les plus défavorisés. Les producteurs avec lesquels nous travaillons touchent entre 100 et 500 dollars par an, n’ont pas la possibilité de scolariser leurs enfants, n’ont pas accès aux soins, à l’éducation, au marché, ont une espérance de vie de 50-60 ans, n’ont pas de subventions… Parfois les intérêts respectifs des paysans du sud et du nord sont directement en opposition : conservation ou suppression des quotas, des subventions dans les pays du nord. Si on appelait commerce équitable un commerce Nord-Nord, on donnerait de plus la possibilité à des gens peu scrupuleux de faire du commerce équitable en allant chercher des produits pas très loin, et de bénéficier des retombées de ce concept porteur. Du coup, risque de se détourner des producteurs du sud qui sont les plus en difficulté et ont besoin d’un accompagnement et de débouchés à long terme, et donc échec de l’objectif initial.Cependant des initiatives Nord-Nord existent, je les soutiens bien sûr, il s’agit de mouvements citoyens, éthiques à encourager. On parle généralement dans ce cas de commerce solidaire. C’est un autre métier, complémentaire.
En quoi le commerce équitable est au cœur du développement durable ?
Les critères du commerce équitable sont des critères de développement d’ordre économique, social et environnemental. Le but est de mettre en place les conditions d’un développement durable, pérenne des communautés avec lesquelles nous travaillons. De plus, les exemples d’initiatives de développement durable sont souvent principalement environnementaux. Le commerce équitable présente l’intérêt de s’appuyer sur les trois piliers du développement durable, et donc d’être l’illustration la plus complète, la plus poussée et la plus aboutie d’initiative de développement durable.
Pour toi, le développement durable, c'est une utopie, un business, ou une opération de communication pour les grandes entreprises?
Ces choix ne sont pas glorieux… Non, pour moi c’est un domaine assez vaste et non structuré mais ça n’est pas grave. C’est une somme d’initiatives individuelles ou collectives qui doivent permettre de « changer le monde » et « changer notre rapport au monde ». Elles sont toutes à encourager ! Tant qu’on ne « triche » pas. Le développement durable est en train de trouver ses lettres de noblesse et a un avenir prometteur car les acteurs du marché comprennent que c’est une source sans fin de création de valeur, d’emplois… pour les entreprises. Lorsqu’on sort du discours moralisateur « Ce n’est pas bien, il faut changer sinon le ciel va vous tomber sur la tête », mais que l’on dit « Allez-y, innovez, trouvez des solutions alternatives, vous vous différencierez, vous ferez des économies et vous serez plus performants », là, on commence à gagner. Il y a énormément d’exemples. Le bouquin « 80 hommes pour changer le monde » écrit par Mathieu Le Roux est rempli d’illustrations. Il y a aussi la problématique pétrole qui est intéressante avec la flambée des cours. On voit déjà le discours sur les énergies renouvelables évoluer. On passe de « C’est gentil, ce truc, c’est pour les associations militantes et quelques allumés » à un axe qui peut devenir vraiment stratégique. Certaines entreprises, si elles prennent une longueur d’avance dans ce domaine, peuvent vraiment prendre des parts de marché significatives. Idem pour nos produits en magasins. Au début c’était : « C’est quoi ces produits, ça va se vendre comme un cercueil à deux places ». Les mêmes qui tenaient ces propos dans les magasins plébiscitent aujourd’hui les produits à fond et réclament des animations car ils voient que ça marche fort et que les clients sont fidélisés.
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21:33 Écrit par Laurent DELPORTE | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage |
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Alexis Kryceve est directeur associé d'ALTER ECO (
Commerce d’un principe identique avec les pays du Nord, pourquoi pas, la situation des producteurs de lait ou de vin en France est préoccupante bien sûr. Cependant, attention à la confusion. Les raisons des situations respectives des paysans du Nord et du Sud ne sont pas les mêmes, et le critère n°1 du commerce équitable est de travailler en priorité avec les plus défavorisés. Les producteurs avec lesquels nous travaillons touchent entre 100 et 500 dollars par an, n’ont pas la possibilité de scolariser leurs enfants, n’ont pas accès aux soins, à l’éducation, au marché, ont une espérance de vie de 50-60 ans, n’ont pas de subventions… Parfois les intérêts respectifs des paysans du sud et du nord sont directement en opposition : conservation ou suppression des quotas, des subventions dans les pays du nord. Si on appelait commerce équitable un commerce Nord-Nord, on donnerait de plus la possibilité à des gens peu scrupuleux de faire du commerce équitable en allant chercher des produits pas très loin, et de bénéficier des retombées de ce concept porteur. Du coup, risque de se détourner des producteurs du sud qui sont les plus en difficulté et ont besoin d’un accompagnement et de débouchés à long terme, et donc échec de l’objectif initial.
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